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Message par Goumi le Jeu 11 Aoû 2016 - 8:36

Si j’avais su ! – Chapitre 1


En passant dans le village de Sainte-Jeanne-sur-le-Vit (faut lire le panneau pour croire que ça existe !) je fus le témoin d’une scène ahurissante : un canard en train de sodomiser un sanglier sur la place publique, devant des badauds hilares ! La pauvre bête grouissait d’indignation et de douleur.
Pourtant, rien à faire : le volatile le plaquait au sol pour assouvir ses pulsions perverses. J’ai failli m’arrêter, saisi par l’incongruité de la chose mais, révolté par l’obscénité du spectacle, j’ai préféré accélérer pour fuir cette abomination. Le sanglier, je comprendrais ; mais qu’est-ce qu’un canard peut foutre dans un village et foutre impunément un sanglier ? Est-ce qu’il aurait fait ça à un hérisson, ce salaud de volatile ? Et en plein jour, encore ! Plus grave : est-ce qu’on laisse un pauvre sanglier subir ces cochoncetés en public ? Et personne pour réagir ? Eh bé, la journée commençait bien !
Si j’avais su…

Qu’est-ce que j’étais venu faire ici ! J’avais des regrets. J’aurais dû rester chez moi à profiter, par exemple, du tempérament de feu de Griotte, la fille de Croupp Hamah, l’épicier turc de mon quartier. Il paraît que la cousine de Griotte passe dans des pubs à la télé et fait bander en cachette les braves pères de famille et les ados boutonneux. Lequel d’entre eux n’a pas rêvé de lui déchirer sa robe blanche et légère parsemée de ronds colorés afin de dévoiler enfin le fruit juteux caché à leur concupiscence ? Hein, lequel ? Pour ma part, je m’en fous : chez moi, Griotte, elle passe pas à la télé, elle passe à la casserole. La première fois qu’elle a vu ma Morteau, elle est restée bouche bée, ensuite bouche pleine. Une vorace, mais qui déteste le libidineux. Elle exige d’entrée, dans sa langue maternelle, et avec quelle véhémence, « Palibidineu : tolimorsso ! »

J’aurais dû refuser cette invitation pour un coin paumé de la France profonde avec son cortège interminable de petites routes à donner des nausées à un GPS. Le trou du cul du monde : voilà où j’allais. Des monts, des collines, des vallons partout recouverts de vignes. Ma destination ? Saint-Vit-sur-la-Jeanne. Vous connaissez ? Moi non plus, mais je n’allais pas tarder. Stéphane avait précisé que Saint-Vit-sur-la-Jeanne venait juste après Sainte-Jeanne-sur-le-Vit. Ce n’est plus de la campagne, ça, c’est du kamasoutra paroissial !

— Pourquoi Saint-Vit-sur-la-Jeanne, qui vient après Sainte-Jeanne-sur-le-Vit ? avais-je demandé à Stéphane. C’est quoi la différence ?
— Parce que chez nous, on est des gens sérieux ; on fait ça correctement, pas comme ces foutriquets de Sainte-Jeanne. Au lit, ce sont des brêles, des paresseux sans imagination : il faut que leur femme se hisse sur leur vit et se tapent tout le boulot.
— Ah bon, vu sous cet angle…

C’est Stéphane, l’un des employés de ma boîte d’informatique qui m’avait invité. Il avait insisté, tellement insisté, que j’ai fini par accepter. D’abord par égard pour lui que j’estime et apprécie beaucoup : un bosseur, un collaborateur précieux, un gars charmant et convivial ; ensuite, par curiosité ; enfin, par envie de me changer les idées durant un week-end. Le célibat, y’a qu’ça ! Mais il faut savoir l’agrémenter de temps en temps.
Mais si j’avais su…

— Vous verrez, patron, ce que c’est notre campagne à nous, les viticulteurs de montagne. Ah là là ! On y sait vivre, on sait s’amuser. Pas comme chez ces culs-terreux de céréaliers ou d’éleveurs. Et puis, ma cousine et toute la famille se sentiront honorées de votre présence, et cela rassurera maman de savoir que je ne travaille pas pour un ogre. Allons, patron, un beau geste !
— Bon, bon, si tu me prends par les sentiments… Mais dis voir, si je trouve ton village, comment trouver ta maison ? T’habites où, dans ton patelin ?
— Quand j’y retourne, je descends bien sûr chez mes parents. C’est facile à trouver : vous repérez le nain de jardin, et vous y êtes. Je vous y attendrai.
— Hein ? Le nain de jardin ? Repérer un nain de jardin ? C’est une blague ? Vous n’avez pas de noms de rues, de numéros ?
— Non, patron, le facteur s’y oppose !
— Le facteur s’y oppose… Mais de quel droit ? Vous n’avez pas de maire ?
— Si, mais justement, le maire c’est le facteur. Le nain de jardin, vous ne pouvez pas le manquer ; vous comprendrez en arrivant.

Est-ce qu’il me prenait pour une truffe, mon Stéphane ? Perplexe, et ne voulant pas passer pour un idiot, je n’insistai pas.

Un nain de jardin ? Bon, on verra bien sur place. En attendant le nain de jardin, j’avais déjà eu droit au sanglier et au canard : plus rien ne pourrait me surprendre.

Ma deudeuche avalait bravement les kilomètres. C’est elle que j’avais choisie pour cette escapade, parce que je l’aime bien, ma petite nostalgie grise, parce que c’est mon côté pseudo-écolo. « Qu’ils carbonisent en composteur ces verts de terre gluants, ces chieurs de chlorophylle ! » Choisie aussi parce que je ne voulais pas débarquer chez les ploucs avec ma Porsche Cayenne, mon seul luxe de patron pauvre, comme nous, les patrons, le sommes tous en France. Pas envie de frimer et de narguer le bon peuple. Ce n’était pas l’objectif de ma virée.

Parlons-en, de l’objectif : le mariage de la cousine. Eh oui, j’étais invité à la noce de Justine, la cousine de Stéphane. Elle avait été tôt orpheline pour cause de verglas. Rencontre entre la voiture de ses parents et un camion qui voulait éviter une laie – ce doit être une plaie, la laie, dans ce coin-là – ou alors il y avait des nids. Elle n’avait pas encore un an (la gamine, pas la femelle sanglier, suivez un peu !) alors le bébé fut recueilli par sa tante, la mère de Stéphane. Depuis, elle est sa petite sœur.

Justine se marie. Elle épouse qui ? Accrochez-vous : Louis de la Margelle, comte du Puy. Ça aussi, ça ne s’invente pas : Louis de la Margelle du Puy ! Stéphane m’a tout expliqué.
Le village de Saint-Vit-sur-la-Jeanne est dominé par une imposante bâtisse fortifiée, un vieux château, propriété de famille des de la Margelle du Puy, vieille noblesse originaire de la région des volcans. Un aïeul s’était enrichi avec le commerce de la poudre bleue des volcans dont il détenait seul le secret de préparation, poudre réputée dans toute l’Europe pour ses vertus aphrodisiaques.

Mais un jour l’Église jeta l’anathème sur cette substance diabolique qui vidait les cathédrales et remplissait les alcôves. Quiconque en consommait était désormais excommunié. Ainsi moururent les érections triomphales et la poule aux œufs d’or. Toute la noble famille émigra « dard-dard » dans le château acquis pour la circonstance, sur les hauteurs de la vallée qui surplombe le Vit, vallée célèbre pour les vignes qui la tapissent côté soleil et pour ses activités minières côté ombre. On disait, depuis des siècles, le Vit à mines.

Une noblesse qui comptait dans ses rangs un pape : Dôme Ier. Le cardinal italien Gomor disait de lui perfidement : « Il est sot, Dôme ». Il est vrai que la haine toute pétrie de sentiments chrétiens que se vouaient le « sot » Dôme et Gomor avait à l’époque abondamment alimenté la chronique vaticane. Dôme Ier faisait toujours suivre le nom de Gomor par « ora », ce qui plongeait les fins latinistes du lieu sacré dans de savantes conjectures, et surtout faisait fuir les rongeurs.
Stéphane pense que l’évêché où exerçait le futur Dôme Ier, issu de la noble famille du Puy, avait donné plus tard son nom au département. Mais rien ne permet de l’affirmer avec certitude.

Le père du futur marié obtint en 68 son diplôme d’ingénieur agronome et réussit brillamment, en parallèle, les épreuves du CAP de lanceur de pavés en compagnie d’un vieux copain, un certain Dany, dont il n’arrivait plus à retrouver le nom. Il hésitait toujours entre Lerouge et Bandit, avec cependant la certitude que ce dernier patronyme n’avait rien à voir avec feu le bon Mahatma.

Passées les turpitudes de la jeunesse, retour au bercail et retournement de situation. Le contestataire se métamorphosa en viticulteur industrieux et prospère qui développa l’exploitation familiale et donna à son vin une réputation flatteuse au plan régional.
Pour l’anecdote, il racheta à EDF le célèbre domaine de Donzère-Mondragon, ce qui lui valut la notoriété lorsqu’une caisse de Donzère-Mondragon 1982 – Deuxième Turbine connut les honneurs d’une prestigieuse vente aux enchères parisienne.

Monsieur le comte père n’avait pas seulement le sens des affaires, il était également doté d’une incroyable inventivité. Il fut le premier viticulteur de la région à s’être converti au bio et à faire fabriquer ses bouteilles en Chine, pratique qu’il abandonna d’ailleurs rapidement pour des raisons éthiques (on obligeait chaque matin des centaines de petits Chinois à chier une bouteille vide et propre), un abandon dont d’aucuns feraient bien de s’inspirer.

C’est lui qui fit graver dans la pierre à l’entrée de ses caves : « Ma santé passe avant mon santo. » Mon Santo ? Pays imaginaire né d la plume de l’écrivain américain Mac-Mictamehr, qui promet le bonheur à l’humanité. Mais peu de gens, au bourg, ont saisi la subtilité et le sens de cette sage maxime.

Revenons-en à Louis, le futur époux. Ah, Louis ! Un ami d’enfance de Justine ; son meilleur compagnon : ils furent inséparables du bac à sable au baccalauréat. Leurs routes ensuite se séparèrent : Louis resta au domaine, Justine alla étudier en ville. Elle ne dut son retour au pays, après ses études de gestion et de comptabilité, qu’à une embauche à l’impromptu au domaine du comte où elle succéda à la comtesse dans son poste. Elle retrouva donc avec plaisir son village, les siens, et Louis.

Louis, un délicieux garçon, un doux rêveur, un poète que la perspective de toutes les responsabilités qui l’attendaient faisait se recroqueviller, se flétrir. Seuls les chants des tswatseaux, le soupir ondoyant des fleurs d’une prairie caressée par le soleil et le vent pouvaient illuminer son existence. Un innocent dans un monde de brutes. Et un fan de parapente ! Quand il planait là-haut, tous ses amis tswatseaux, sauf ces couillons de corbeaux, venaient lui gatsouiller dans la voile. Alors il était heureux.

Le père de Louis avait conscience de tout cela : « Nom de Dieu, un fruit sec ! » Pourtant, il chérissait son fils et l’acceptait tel qu’il était. Nonobstant, avec aux commandes un Louis dans toute sa splendeur, l’avenir et la pérennité de l’exploitation lui semblaient plus que compromis. Le viticulteur passionné avait un fils qui n’aimait pas spécialement la vigne et que les responsabilités et les affaires qui, à l’instar d’une épaisse couche de neige, le faisaient profondément skier… Cela le turlupinait, le papa. Il ne voyait qu’une solution à ce problème : le mariage ! Et pas n’importe lequel : un mariage soigneusement jaugé entre Justine, la fille du peuple, et son nobliau de fils.

Une roturière pour son rejeton ? Oh, que oui, et surtout celle-là ! Et puis, n’est-ce pas, dès le mariage la roture disparaîtrait sous la particule. La Justine, il la connaissait bien, et depuis toute petite. Sa personnalité l’avait convaincu et plus encore conquis depuis qu’il l’avait embauchée suite au décès subit de son épouse. La décision la plus intelligente qu’il ait prise ces dernières années. Payée, hélas, au prix fort.

La Justine, elle avait du caractère, de l’entregent, l’esprit de décision, le sens de l’organisation et des affaires. Elle aimait la terre, elle aimait la vigne. Elle avait réorganisé le fonctionnement du domaine de main de maître, d’une manière qui en avait bouché un coin au comte, lequel lui confiait de plus en plus les rênes.

De plus, elle diversifia les activités en ouvrant au village une boutique de produits bio, qui marchait du tonnerre de Dieu. Des parpaings bio, du ciment bio, des aiguilles à tricoter bio, des bibles bio (avec l’étiquette « bio », on vend tout, n’est-ce pas ?). Elle proposait même, le samedi matin, des soutiens-gorge bio que les femmes s’arrachaient, pour le plus grand plaisir de la gent masculine s’agglutinant devant la vitrine du magasin. Le spectacle des seins sains à l’air les rendait zinzins. Les gens venaient des patelins alentour, sinon de la ville, pour les légumes et les lolos. Vive le bio !
« Oui, oui, oui : c’est la Justine… la Justine qu’il lui faut, au Louis ! » Alors un jour, le père l’a prise entre quat’zieux.

— Écoute, ma fille – tu permets que je t’appelle « ma fille » ? – il faut que je te parle. J’ai un gros souci sur le cœur. Tu connais mon Louis aussi bien que moi. Non, ne dis rien ; laisse-moi aller jusqu’au bout. Justine, j’arrive péniblement sur mes vieux jours et j’ai peur pour le domaine. Disons-le tout net : je n’imagine pas mon Louis le reprendre, inutile que je t’explique. Non, Justine, tais-toi, tu sais que j’ai raison. Je mourrais de chagrin de voir le domaine péricliter. Mais cela n’arrivera même pas car il y a pire : en général, les gens ont un chat ou un chien comme animal familier ; moi, j'ai un crabe. Des NAC, qu’ils disent…

Justine, abasourdie :

— Vous voulez dire que…
— Oui, tu as bien compris. J’ai fait mienne la maxime de Desproges, « Pâques au scanner, Noël au cimetière ! » Bon, en fait, j'exagère : le toubib m’accorde royalement encore deux années, trois au maximum.

Justine baissa d’abord la tête pour digérer la nouvelle en silence, le cœur étreint, puis se reprit et regarda le comte dans les yeux.

— Monsieur le comte, je vous écoute.
— Laisse tomber ton « Monsieur le comte » et ouvre bien les oreilles. Je connais une personne qui serait capable – et c’est bien la seule – de reprendre et diriger le domaine aux côtés de Louis. Cette personne-là, c’est toi. Au fait… euh… juste pour savoir : vous vous entendez encore bien, au moins, Louis et toi ? Oui ?

Le comte marqua une pause dont Justine profita pour réfléchir à toute vitesse. Elle n’avait pas encore tout à fait réalisé où le comte voulait en venir : c’était trop gros, elle n’osait y croire. Mais la confiance que le vieil aristocrate venait de lui exprimer coulait comme du miel dans son esprit et illuminait son cœur, balayant rapidement les barrières de l’indécision. Et puis, il y avait la détresse poignante d’un vieil homme…

Elle se projeta des années en arrière. Oui, Louis, elle l’aimait bien. Pour tout dire, c’est même elle qui l’avait déniaisé ; mais ça, personne ne l’avait jamais su. Ensuite, au fil de la vie et au gré des rencontres, elle avait connu d’autres partenaires ; Louis aussi. Ils se confiaient tous leurs secrets et confrontaient leurs expériences. Le petit doigt de l’un disait tout au petit doigt de l’autre. Et parfois même, hé-hé, le grand doigt…

Il convient de préciser que sous ses apparences de fille sage se cachait une redoutable prêtresse de la libido sylvestre : Sexe forêt vert ! Elle choisissait uniquement des hommes mariés, dans la trentaine : avec ceux-là et à cet âge-là, du savoir-faire, de la performance, et surtout de la discrétion, vertu sacrée à ses yeux. L’un d’eux l’avait un jour complimentée : tu es la meilleure baiseuse de la vallée. Pour toi, le mot « Salope » s’écrit comme un hommage : avec une majuscule ! Oh, qu’elle avait été fière ! Et pour la baise, la Justine, c’était pas du bio ! Un mélange détonnant de subtile férocité frénétique et de gros classique.

Louis, entre-temps, avait dû se perfectionner, du moins l’espérait-elle – à vérifier ! – mais son ami Louis représentait aussi un avenir éblouissant pour elle, la petite orpheline sans fortune. « Le marier, le Louis ? C’est ça ce qu’il veut, son vieux ? Pourquoi pas ! » Louis, elle se sentait prête à lui vouer beaucoup d’affection. Sans nécessairement lui promettre… euh… une fidélité exemplaire. Faut quand même pas charrier !

— Alors, Justine, accepterais-tu d’épouser mon fils Louis ?
— Eh bien, beau-papa… Vous permettez que je vous appelle « beau-papa » ?

À ces seuls mots, le visage du comte s’illumina, ses yeux s’embuèrent d’émotion. Une oreille plaquée sur sa poitrine de cancéreux aurait pu entendre un immense cri de soulagement. L’affaire était dans le sac…

— Vous croyez vraiment, beau-papa, que j’ai les qualités dont vous me parez ? Vous en êtes certain ? Vous voulez vraiment de moi comme belle-fille ? Maintenant, c’est vrai que le domaine ne me fait pas peur, et si vous m’offrez cet avenir inespéré avec Louis en cerise sur le gâteau, alors oui, beau-papa, c’est oui.

Le comte se leva, la prit dans ses bras et l’embrassa sur le front.

— Justine, bienvenue dans la famille !
— Merci. Il y aura donc une nouvelle comtesse.

Les yeux du vieux brillèrent à nouveau. La mère de Louis avait rejoint le caveau familial il y a trois ans, suite à un accident cérébral, et il ne parvenait pas à s’en remettre.

— Oui, il y aura une nouvelle comtesse. Puisse Louis connaître autant de bonheur avec la sienne que j’en ai connu avec la mienne. Il faut que j’aille lui parler.
— Ah non, beau-papa ! Non ! Ça, c’est mon rôle. Et pas plus tard que tout de suite.

* * *


En gros, je viens de vous relater tout ce que Stéphane m’avait appris à l’occasion d’un apéro du dimanche matin, organisé pour honorer ma visite. J’oubliais : Louis avait, paraît-il, explosé de joie et baisé la Justine sur le champ et sur le sol de la cave à vins, façon marteau-piqueur. Ce qui eut le mérite de la rassurer sur les progrès de son étalon et de la faire jouir bruyamment. Monsieur le comte, entendant de ses fenêtres cette symphonie de cris, en eut les oreilles qui pleuraient de joie.
La machine à noces pouvait se mettre en marche.

Il paraît aussi que Louis, après le feu d’artifice, lui aurait confié : « Justine, ma douce amie, il y a une chose que tu dois savoir… »
Mais quoi ? Stéphane l’ignorait. Justine, pourtant prolixe, avait refusé de lui en dire plus.

* * *


Saint-Vit-sur-la-Jeanne. Enfin ! « Ah oui, le nain de jardin... Il est où, ce con ? Hein ? C’est pas vrai ! » Je faillis perdre le contrôle de ma deudeuche, cloué par la surprise et le fou-rire. « Ils ont osé ça ? » Visible de loin, un gigantesque nain de jardin de plus de quatre mètres de haut. Et nu ! Si, si ! Du marbre à poil, avec des attributs gigantesques qui dépassaient de la haie de spiréas. À Tchernobyl, les mains nues… à Saint-Vit, le nain nu. Stéphane avait raison : impossible de louper la maison. Cela me mit d’excellente humeur. Dans ce patelin, s’ils ne savent pas lire Kierkegaard dans le texte et s’ils croient que l’éthique est à classer parmi les insectes de la forêt, au moins savent-ils rigoler. C’était un excellent présage pour la suite de la journée.
Si j’avais su…

— Patroooon !

Stéphane se précipita sur moi. Accolade, effusions. Il me présenta ses parents. La maman ne cachait pas son émerveillement, ce qui chahutait un peu ma modestie naturelle. Dieu le père, le Divin Patron de son fils chéri, en chair et en os dans leur modeste demeure !

— Facile à trouver, non ? L’est pas beau, le nain ?
— Euh… Mais dis-moi, Stéphane, qui a eu cette idée ?
— C’est papy, il y a une quarantaine d’années ; et il l’a sculpté lui-même ! Vous avez remarqué qu’il n’a pas de barbe ? Papy disait que c’était le huitième nain et l’avait baptisé Berbe.
— Berbe ? Ah bon… Pourquoi « Berbe » ?
— Oui, le nain sans barbe, c’est le nain Berbe.

« Ouh là là… ! Du lourd, du super lourd de chez Carambar ! Y fumait pas de la moquette, le papy ? » me dis-je.

— Mais pourquoi un tel monstre ?
— Pour se foutre de la gueule des gens de Sainte-Jeanne-sur-le-Vit.
— Comprends pas…
— Si ! Dans le folklore de la vallée, ils nous appellent les Nains, et eux on les appelle les Petites Bites. Le monument du papy, c’était pour les narguer. Ça signifie : des nains, peut-être, mais pas avec des bites petites comme les vôtres.
— Et ils ont pris ça comment ? demandai-je, hilare.
— Mal, très mal ! Les Petites Bites avaient même, un jour de fête des vendanges et de libations trop abondantes, organisé une expédition punitive qui se solda par un cuisant échec, nos habitants de l’époque les ayant dispersés vite fait à l’aide de frisbees.
— Pardon ? Tu te fous de moi ? Des frisbees ?
— Attention, patron : des frisbees en marbre, spécialement commandés à la carrière du fond de la vallée dans l’éventualité d’un tel raid. Et ça fait mal, un frisbee en marbre sur le coin de la tronche ! La bataille a eu lieu devant l’ancienne gare, qu’on appelle depuis la Gare d’Austerlitz.
— Mais c’est Clochemerle, ton histoire !
— Clochemerle ? Ah ? C’est qui ?... Oh mais, patron, voilà ma cousine qui revient juste du coiffeur.

Le choc ! J’en fus foudroyé, pétrifié. Un être de lumière chez les cloportes. Jamais vu une fille aussi belle. Elle portait bien son prénom : cette Justine, taillée sur les écrits du divin marquis, appelait les malheurs de la vertu. Elle rayonnait, elle irradiait, elle dégoulinait de fraîcheur et de gaîté, et de… sangsue alitée ? (Lecteur, j’ai honte…) Ils ont osé cacher un tel trésor à la face du monde ? Dès que j’ai posé mes yeux sur elle, mes mains devinrent jalouses. Un torrent de pensées impures me submergea, que je tairai par crainte de souiller ce récit. Le comte Louis, il allait pas s’emmerder, sous la couette, durant les longues soirées d’hiver. Le corollaire cette pensée m’assena un coup de massue : la Justine, c’est pas pour moi.
Et ses yeux… les yeux de Justine ! Son regard se planta dans le mien.

— Alors, c’est vous ? Je peux enfin mettre un visage sur un nom. Stéphane m’a tellement parlé de son patron chéri ! Ravie de vous connaître. Noooon, pas juste une poignée de main : la bise !

Elle me passa les bras autour du cou et m’embrassa sur les joues. Et toutes les fleurs de la vallée se précipitèrent sur ma poitrine comme un bouquet de bonheur. Puis, toujours collée contre moi, elle me fixa à nouveau, un peu plus longtemps que nécessaire me sembla-t-il.
Comment aurais-je pu savoir… ?

* * *


— Mademoiselle Justine (…), acceptez-vous de prendre pour…
— Oui !
— Monsieur Louis…
— Oui !
— Je vous déclare…

Fougueux baiser échangé par les jeunes époux. Sortie de mairie, et ensuite corvée de chez corvée : plus d’une heure de messe nuptiale dans l’église du village, la chapelle du château étant trop petite. Je sombrais dans la somnolence lorsque j’en fus tiré par une sorte de frémissant bizarre dans l’assistance. Le bruit d’un… mais oui… d’un fou-rire difficilement contenu par le couvercle de la bienséance.

Puis un déclic : visiblement, le curé avait un malaise. Était-ce une raison pour en rire ? Est-ce qu’on se moque d’un vieux man in black ? Je compris soudain : le curé était pinté. J’appris instantanément à pouffer en silence, le ventre agité de soubresauts, surtout lorsqu’il trébucha et entraîna dans sa chute une enfant de chœur, une gamine de douze ans sur laquelle il se retrouva allongé. On me raconta plus tard que le curé, surnommé « Père Douzedegrés » avait eu, à un moment de son existence, à choisir entre les petits garçons ou l’abondance du vin de messe. Il avait sagement opté pour les vignes du Seigneur.

Le parvis de l’église… Cors de chasse, vivats, sourires, jets de riz et de pétales de roses, vieilles peaux endimanchées tous dentiers dehors, etc. Qu’elle était belle, l’épouse du comte Louis, sa déesse en robe blanche au bras.

* * *


Réception en plein-air dans le jardin du château sous un soleil éclatant, en présence des notables du coin du ban et de l’arrière-ban du bon peuple qui buvait et s’amusegueulait à l’œil. Quand c’est gratuit, c’est encore meilleur. Il y avait même une délégation de la vieille noblesse auvergnate : Monsieur du Blanc, monsieur du Jaune et monsieur de la Coque. (Merci, Vialatte : « En Auvergne, avec un œuf, on fait trois nobles… »)

Le curé, affalé sur une chaise à l’ombre, en était à… euh… sa combientième rasade ? Yeux mi-clos, l’air béat, il opinait sans cesse du bonnet face à un interlocuteur invisible et lui parlait en poisson rouge : bouche qui s’ouvre et se referme sans arrêt et sans émettre le moindre son. Peut-être s’adressait-il au Très-Haut pour le remercier de la bonne fortune du jour ? « Bacchus forêt vert ! »

Plusieurs fois, le regard de la mariée m’a croisé, fixé à travers la foule des invités. Fugacement, c’est vrai, mais vraiment… vraiment par hasard ? Je ne comprenais pas le pourquoi de cette insistance.
Comment aurais-je pu ?

Je ne m’attarderai pas sur le déroulement de la réception. Le soleil et les degrés Oechsle font rarement bon ménage, et souvent des ravages. La moitié des invités au repas de noce, au moment de passer à table, étaient chargés comme des mulets. Je n’avais bu, pour ma part, qu’une coupe de champagne, et j’avais fait sensation en demandant qu’on y rajoute du Picon. Ensuite, un verre de vin local puis du Donzère-Mondragon.

Je me retrouvai à la table de Stéphane, aux côtés d’une bimbo hyper maquillée, ma cavalière d’un soir, qui n’en finissait pas de déraper en éclats de rire bruyants, telle une Castafiore de station d’épuration. Heureusement, de l’autre côté, il y avait le vieux curé, miraculeusement requinqué grâce à une lampée de breuvage béni ramené d’un jacuzzi de Lourdes, bue à même la flasque qu’il tira de sa soutane. Dieu, dans son infinie bonté, l’avait en outre doté d’un incroyable coup de fourchette, et il avait à cœur d’honorer ce don du Seigneur.

À ma surprise, je découvris un gars fin, cultivé et intelligent, pétri d’humour. Un régal. Il avait été aumônier au Service des Sports du Vatican, et son « dunk » – mot ici détourné de son usage originel, sauf en ce qui concerne la main au panier – avait fait un malheur chez les joueuses de l’équipe de basket des Sœurs de Sainte-Marie-Salope (c’est lui qui l’a dit comme ça). Il n’hésita pas à me confesser aussi qu’il avait réuni une collection impressionnante de photos de chattes de paroissiennes, sa manière à lui de protester contre le célibat des prêtres. Mais l’âge et le déclin de la vigueur de son poignet lui avaient fait perdre l’habitude de les consulter aussi souvent qu’auparavant. Il éclata d’un rire chevrotant mais franc lorsque je lui rapportai, pour le fun, cette parole archiconnue de Jésus sur la croix : « Le supplice est dur, mais quelle vue sur Jérusalem ! »

— À la santé de Jésus ! dit-il en levant son verre. Ça au moins, c’est pas du vinaigre !

Il pouffa de rire encore une fois et faillit s’étrangler en le vidant d’un trait, ce qui attira vers nous l’attention de la table des mariés. À nouveau les yeux de Justine plongèrent dans les miens.
Mais pourquoi donc ? Tes yeux, Justine, pourquoi ? Pourquoi ce regard étincelant et insistant ?
Si j’avais su…

Inutile de vous raconter le menu. C’était excellent. Du plusieurs étoiles, la quantité en plus. Ensuite, les inévitables animations d’après-banquet : la danse des canards, les chaises musicales, le toucher rectal, les concours de rots, la minute du « couple sous le drap », etc. Bref, toutes les richesses de l’esprit et de la culture française. Et puis Stéphane, peu avant minuit :

— On s’achemine vers le clou de la soirée, le moment que tout le monde attend.
— Ah ? Et c’est quoi ?
— Le tirage au sort.
— Un tirage au sort ? C’est pour la jarretière de la mariée ? D’habitude on la lance, non ?
— Non, ça n’existe pas chez nous. Ici, c’est pour désigner qui tiendra la chandelle.
— Tenir la chandelle ? Quelle chandelle ? Tu peux m’expliquer ?

J’en pris plein les oreilles !

— Jadis, le seigneur d’un lieu exerçait son droit de cuissage avant chaque mariage. Un aïeul du comte, victime d’une malencontreuse blessure lors d’un accident de chasse au sanglier…

[i]« Encore ! » pensai-je pour moi.

— … dut renoncer à l’exercer. Il imagina alors de substituer à cette coutume le droit de chandelle. C’est d’ailleurs de là qu’est née l’expression « tenir la chandelle ». Ne pouvant plus agir, il assistait. Cet aménagement fut beaucoup mieux perçu par la population (en fait, surtout par tous les nouveaux maris) et apprécié plus encore lorsque l’arrière-arrière-grand-père de Louis, un psychorigide qui pissait de l’eau bénite, décréta que dorénavant, celui qui tiendrait la chandelle durant la nuit de noces serait tiré au sort parmi les invités, et que l’on foute la paix aux nobles qui n’en ont rien à cirer des copulations infâmes de la populace des manants.

J’éclatai de rire.

— Je suis curieux de voir ça ; mais ne compte pas sur moi pour participer à cette farce.
— Patron, j’avais oublié de vous avertir : va falloir quand même. Vous n’avez pas le choix ; cela serait pris comme une insulte grave par les mariés et par les invités. Vous pouvez pas nous faire ça : le scandale serait énorme au village ; ils vous casseraient la deudeuche sur-le-champ. Et puis, réfléchissez : vous ne risquez pas grand-chose, vu le nombre de personnes présentes.

J’en étais scié, mais quand même un peu inquiet. « Et si jamais… ? Par pitié, pas ça ! »

— Stéphane, je devrais te botter le cul ! T’aurais pu me prévenir.

Les douze coups de minuit sonnèrent. Le brouhaha fit place à un calme relatif. La mariée ressortit de la cuisine, un haut de forme à la main, accompagnée de son mari qui s’accrochait à elle, plombé par trois grammes cinq minimum. Elle se dirigea droit sur moi… Bizarre : pourquoi moi en premier ? L’invité d’honneur ?
Si j’avais su…

Elle s’arrêta devant moi. Son regard, planté dans le mien, figea l’instant en une éternité trop courte. Puis elle me tendit le chapeau. Toute l’assistance se taisait. J’y plongeai la main, en fermant les yeux pour saisir un billet plié.
« Alea jacta est. »

À ce moment précis, un énorme bruit de vaisselle brisée fracassa soudain le silence. Tous les regards se tournèrent vers la cuisine. Je vis l’une des serveuses pliée de rire, un rire communicatif qui s’enfla dans la salle, puis les commentaires inévitables : « Ça porte bonheur » ; « À poil ! » ; et même, comble du mauvais goût : « Suce ! »

Le calme revint peu à peu ; les mariés reprirent la distribution des billets. Il leur fallut cinq bonnes minutes pour faire le tour des invités car Louis avait de plus en plus de peine à tracer une route droite. Ils s’approchèrent enfin de l’orchestre, sous la lumière. Je n’avais pas lâché mon billet plié. La main innocente du handicapé de l’assistance, dans son fauteuil roulant, piocha un billet au hasard dans un autre chapeau noir ; il le déplia et annonça d’une voix claire :

— Le 28 !

Toutes les têtes plongèrent vers les billets. La mienne aussi. Horreur ! Le ciel me tomba dessus. Le 28… c’était moi. Impossible de le cacher, Stéphane et ma voisine la Castafiore l’avaient vu en même temps que moi. J’étais fait comme un rat ! Fuir, fuir… Mais où ? Stéphane se leva, poussant un barrissement hilare, me tapota le dos plusieurs fois, leva son pouce vers le ciel et annonça à l’assistance :

— C’est lui ! Bravo ! On le félicite.

Standing ovation ! Applaudissements, hurlements, vivats, scènes de liesse. Moi, fou de panique : « Fuir… fuir… mais où ? » Je cherchai désespérément une issue autour de moi, mais ce fut le regard de Justine que je rencontrai. Et dans son regard déterminé, il n’y en avait pas, d’issue. Alors, je sentis un grand calme se faire dans mon esprit. J’étais vaincu.
Si j’avais su ? Si j’avais su quoi ? Si j’avais su que… ?
Maintenant, je savais ! Du moins, je le croyais.

[center]* * *


Vaincu. Alors qu’un seul des vingt – celui de Griotte, par exemple – eût suffi à mon bonheur. Et surtout, loin d’ici, loin de cette sinistre farce. J’essayais de penser à Griotte, à son fruit, mais rien à faire, j’en revenais toujours à la même question : comment avais-je pu me laisser entraîner dans un merdier pareil ? Pas de réponse, et je me sentais glisser vers un vide effrayant.

Peu après, je me retrouvai, accompagné de la jeune épousée, à emmener tant bien que mal – et plutôt mal que bien – le marié jusqu’à la chambre nuptiale. Il n'avait pas fière allure puisque nous en fûmes réduits à le prendre chacun sous un bras tant il peinait à marcher seul. Dans les escaliers, nous en profitâmes lâchement, Justine et moi, pour nous tutoyer.

— Bon, et on le met où, ton bel étalon ?
— Là, sur le fauteuil, ça suffira bien. Je suis désolée, mais la viande saoule, j'ai horreur. Pourtant, il le sait qu'il ne tient pas l'alcool…
— Je te comprends… Bon, tout cela m'a donné chaud ; je m'en vais tout d'abord me rafraîchir sur le balcon, après je te laisserai.
— Il n'en est pas question !

Elle m'attrapa par le bras, se plaqua contre moi et m'enfonça sa langue jusqu'aux amygdales. Stupéfaction. Le premier moment de surprise passé :

— Mais, voyons ! T’es folle ? C'est votre nuit de noces ! Que dirait ton mari s'il se réveillait ?
— Oui, oui, sauf qu'il ne se réveillera pas de sitôt ; et moi, ma nuit de noces, j'y tiens ! Avec lui ou un autre, je m'en foutrais : j’irais dormir. Mais pas avec toi. En plus, avec tous les préparatifs du mariage, cela fait une éternité que je n'ai pas baisé.

Bon Dieu ! Pourquoi a-t-il fallu que cela m'arrive à moi ? Pourquoi ? Le sort n'aurait-il pas dû plutôt designer ce brave curé ? Cela aurait fait de lui un homme heureux et une photo de plus dans son album d'images pieuses… Certes, Justine, j'en aurais fait volontiers mon quatre-heures jusqu’à la fin des temps ; mais de là à la baiser devant son mari et le soir de ses noces, je trouvais que cela faisait un peu trop…

— Écoute bien, Philippe…

« Tiens, changement de registre : mon prénom maintenant ? »

— … si Louis est en dérangement, ce n’est pas de ma faute. Pourtant, je le lui avais dit que je tiens à ma nuit de noces. Alors, puisque j’y tiens, je fais face à la situation. Un : tu es là. Deux : c’est toi que je veux ! Je ne pouvais pas rêver mieux, et plus encore depuis que je t’ai vu, ce matin. Ne me dis surtout pas que toi tu ne me désires pas. Je l’ai lu dans tes yeux au premier regard, et toute la journée : tu me veux ! Alors tais-toi et baise-moi ! C’est cadeau du ciel que ce soit toi, et de toute façon mon Louis n'y attachera aucune importance.

Pour faire bonne figure, elle défit les cordons de sa robe de mariée qui glissa sur le sol. La voir apparaître, là, devant moi, la poitrine nue, ses poumons pointus orgueilleux et fiers, tout juste vêtue de ses bas et de son affriolante culotte blanche, mon cœur s'emballa. Et puis…
C'en était trop ! Je la pris dans mes bras pour l'emmener jusqu'au lit. Toutes mes bonnes résolutions venaient de s'évanouir.

Clémenceau avait dit que le meilleur en amour, c’est quand on monte l’escalier. Il avait omis d’ajouter « et quand on retire sa culotte de la belle ». Ce que je fis, immédiatement ébloui par cette vision de rêve. « Oh ! Quelle vue sur « Jérusalem » !... »

Je devins fou. Je l'embrassai, l'embrassai et l'embrassai encore, cajolai ses seins, en léchai amoureusement les pointes tout en laissant gambader ma dextre à la recherche de son trésor. La Justine n'attendait que cela ; elle ouvrit ses jambes à ma main, et un doigt implacable mais délicat s'en alla aussitôt explorer cet abîme de douceur.

Du bout de l'index, je me mis à cajoler son petit organe ; celui-ci répondit aussitôt en se raidissant tandis que Justine lâchait déjà quelques gémissements. « Faire durer le plaisir ; ne pas se précipiter, jouer et jouer encore avec ce bouton d’or rose, que Justine m'implore encore et encore jusqu'à ce que, à bout, elle explose enfin en une bruyante jouissance. » Tel était mon but.

But atteint. Un hurlement de bonheur à réveiller un mort, mais certainement pas Louis. Il continuait à dormir du sommeil du juste. Alors, puisqu'il en était ainsi, je repris l'affrontement et le taureau par les cornes – pas celles de Louis – et me lançai à fond dans les délices du péché. Ce fut ma langue qui partit à la recherche du bonheur nacré. Là encore, l'affaire fut vite réglée ; mon principal souci était plutôt de garder le contrôle, tant le bassin de la belle semblait mû par une vie autonome. Et elle couina de nouveau, peut-être encore plus que la première fois, dans le marigot de l’indifférence maritale.

— Prends-moi, prends-moi, je t'en supplie !
— Pas encore, ma toute belle. Par contre, tu vas faire quelque chose pour moi.
— Tout ce que tu veux, oui… mais baise-moi !
— Après. Je rêve de te voir d’abord te caresser devant moi.

Interloquée mais nullement désemparée, elle commença alors à caresser ses seins, les palpant, les malaxant, en triturant les pointes, le tout sans me quitter des yeux. Moi, bien entendu, je n'en perdais pas une miette, assis dans l’autre fauteuil, dos à la fenêtre donnant sur le balcon. Tandis que sa main droite continuait à s'occuper de sa poitrine, la gauche descendit jusque son bas-ventre, s'attarda quelques instants sur son mont de Vénus, caressant le tendre buisson ardent avant de s'insinuer entre ses lèvres, dans un cortège de délicieux bruits mouillés… L'effet ne se fit pas attendre : ses gémissements de plaisir allèrent crescendo, et c'est à cet instant-là que mon attention fut attirée par un brouhaha venant du dehors. J’allai jeter un discret coup d'œil et me rendis compte qu'une bonne partie des invités était sous nos fenêtres…
Sacré patelin où, en plus de bombarder un type pour tenir la chandelle, on vient emmerder les mariés en pleine nuit de noces jusque sous leur balcon !

Je sortis, et d’une main levée leur fis signe de faire silence. Bien évidemment, celui-ci tarda un peu à venir, mais lorsqu'il se fit enfin, ce fut le moment où Justine, qui ne s'était rendu compte de rien, s'apprêtait à jouir. Ses couinements résonnaient à n'en plus finir, et elle gueulait si fort son bonheur que l'assemblée ne pouvait pas ne pas l'entendre ! Lorsqu'elle atteignit enfin le nirvana, elle hurla si fort que, pendant un instant, certains des invités se demandèrent si tout allait bien.

— Ne vous inquiétez pas : c’est juste Justine qui vient de jouir. Quel homme, ce Louis !

La mariée, qui venait de refaire surface, apparut alors, tout juste enroulée dans un drap, et ce fut un tonnerre d'applaudissements qui l'accueillit. Elle se tourna vers moi :

— J'ai raté quelque chose ? Qu'est-ce qui se passe ?
— Rien du tout, ne t’inquiète pas : ils sont juste venus t’acclamer, c'est tout.
— Ah bon ? En attendant, toi, tu ne vas pas t’en tirer comme ça.

Elle avait noté que le rebord du balcon la rendait invisible aux yeux de la petite troupe amassée en dessous. Elle fit mine de retourner dans la chambre, mais en réalité s'accroupit. Tout alla très vite. D’un geste précis elle me débraguetta, et sans que j’eusse le temps de dire ouf sortit l'objet et l'engloutit tout au fond de sa gorge. Mon Dieu, quelle maîtresse femelle ! Elle avait dû être pilote d’essai chez Miko. J'aurais sans doute apprécié cela à sa juste valeur si, pendant ce temps, je n'avais pas eu à donner le change aux crétins du bas…

Reculer ? Cela m'était impossible, soudée qu'elle était à ma queue. Lui demander d'arrêter ? Je venais de le faire plusieurs fois, mais elle n'en avait eu cure. Profiter tout bonnement de l'instant ? Elle me suçait avec une telle force, une telle détermination que j'allais sans doute barrir comme un éléphant lorsqu'elle viendrait à bout de ma résistance. Discrètement mais sans douceur, je l'attrapai par les cheveux et je la ramenai à l'intérieur.

— Oh là, oui ! Tire-moi les cheveux ! Bats-moi, insulte-moi, mais par-dessus tout, baise-moi ! Ma chatte de chienne en chaleur veut ta queue ! Ta queuuuuuue !

Décidément, la mariée avait de la suite dans les idées et un vocabulaire de vétérinaire. Notre cher Louis, malgré tout le raffut de Justine, roupillait toujours, imperturbable. Alors, puisqu'il en était ainsi, il ne me restait plus qu'une seule issue : tenter de la satisfaire. Normalement, elle venait de couiner trois fois en un rien de temps ; elle ne devrait pas être trop difficile à rassasier… Je me dessapai en vitesse, et en avant pour le final.

Je l'embrochai et me mis à la pistonner comme si ma vie en dépendait. La sueur coulait sur mon front, brûlait mes yeux, mais plus rien ni personne ne pouvait m'arrêter, aspiré comme je l'étais vers la jouissance… Mais, tant attendue, celle-ci ne vint pas. Ce ne fut pas le cas pour Justine qui partit une fois encore dans un orgasme à faire trembler les murs, tout juste vaguement accompagné par les ronflements du tout jeune mari, étalé dans son fauteuil.

— Mon Dieu ! C'était divin ! Jamais on ne m’avait fait crier ainsi… Mais dis-moi, tu n’as pas encore lâché ta sauce ? Je veux la sentir, fit-elle en aveu.

De fait, ma verge était toujours aussi raide et je n'avais effectivement pas éjaculé, malgré tous mes efforts pour y parvenir.

— Qu'à cela ne tienne : je te laisse récupérer quelques instants.

Je m'entendis répondre :

— Ne t’inquiète pas, ma belle, tu ne perds rien pour attendre. Laisse-moi simplement le temps de reprendre mes esprits ; je n'ai pas dit mon dernier mot.

Et ce n'était pas Donald (ma queue – cherche, lecteur, cherche), toujours aussi raide, qui allait dire le contraire… Justine se tourna alors sur le lit, sans doute pour ramasser l'un des oreillers, et je profitai alors de son séant offert pendant qu'elle avait le dos tourné pour à nouveau la pénétrer. Cet assaut fut aussi bref que les autres avaient été longs… La queue enfoncée jusqu'à la garde, les mains crochées sur ses seins, je parvins quand même à la faire couiner une dernière fois avant de me répandre en elle, jour de rupture du barrage de Serres-Ponson. Une éjaculation ? Non, un épisode cévenol. Jamais je n'avais connu cela…

La calme revenu, Justine se colla contre moi, écrasant ses lèvres sur les miennes. Griotte, Louis, le vieux curé et tous mes scrupules avaient disparu. J’étais le roi du monde.
A moins… queue ? À moins que ce ne soit le roi des cons ?

Si j’avais su, et surtout su que je ne savais pas tout…


Goumi

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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Lioubov le Jeu 11 Aoû 2016 - 11:05

Si j’avais su ! – Chapitre 1


En passant dans le village de Sainte-Jeanne-sur-le-Vit (faut lire le panneau pour croire que ça existe !) je fus le témoin d’une scène ahurissante : un canard en train de sodomiser un sanglier sur la place publique, devant des badauds hilares ! La pauvre bête grouissait d’indignation et de douleur.
Pourtant, rien à faire : le volatile le plaquait au sol pour assouvir ses pulsions perverses. J’ai failli m’arrêter, saisi par l’incongruité de la chose mais, révolté par l’obscénité du spectacle, j’ai préféré accélérer pour fuir cette abomination. Le sanglier, je comprendrais ; mais qu’est-ce qu’un canard peut foutre dans un village et foutre impunément un sanglier ? Est-ce qu’il aurait fait ça à un hérisson, ce salaud de volatile ? Et en plein jour, encore ! Plus grave : est-ce qu’on laisse un pauvre sanglier subir ces cochoncetés en public ? Et personne pour réagir ? Eh bé, la journée commençait bien !
Si j’avais su…

Qu’est-ce que j’étais venu faire ici ! J’avais des regrets. J’aurais dû rester chez moi à profiter, par exemple, du tempérament de feu de Griotte, la fille de Croupp Hamah, l’épicier turc de mon quartier. Il paraît que la cousine de Griotte passe dans des pubs à la télé et fait bander en cachette les braves pères de famille et les ados boutonneux. Lequel d’entre eux n’a pas rêvé de lui déchirer sa robe blanche et légère parsemée de ronds colorés afin de dévoiler enfin le fruit juteux caché à leur concupiscence ? Hein, lequel ? Pour ma part, je m’en fous : chez moi, Griotte, elle passe pas à la télé, elle passe à la casserole. La première fois qu’elle a vu ma Morteau, elle est restée bouche bée, ensuite bouche pleine. Une vorace, mais qui déteste le libidineux. Elle exige d’entrée, dans sa langue maternelle, et avec quelle véhémence, « Palibidineu : tolimorsso ! »

J’aurais dû refuser cette invitation pour un coin paumé de la France profonde avec son cortège interminable de petites routes à donner des nausées à un GPS. Le trou du cul du monde : voilà où j’allais. Des monts, des collines, des vallons partout recouverts de vignes. Ma destination ? Saint-Vit-sur-la-Jeanne. Vous connaissez ? Moi non plus, mais je n’allais pas tarder. Stéphane avait précisé que Saint-Vit-sur-la-Jeanne venait juste après Sainte-Jeanne-sur-le-Vit. Ce n’est plus de la campagne, ça, c’est du kamasoutra paroissial !

— Pourquoi Saint-Vit-sur-la-Jeanne, qui vient après Sainte-Jeanne-sur-le-Vit ? avais-je demandé à Stéphane. C’est quoi la différence ?
— Parce que chez nous, on est des gens sérieux ; on fait ça correctement, pas comme ces foutriquets de Sainte-Jeanne. Au lit, ce sont des brêles, des paresseux sans imagination : il faut que leur femme se hisse sur leur vit et se tapent tout le boulot.
— Ah bon, vu sous cet angle…  

C’est Stéphane, l’un des employés de ma boîte d’informatique qui m’avait invité. Il avait insisté, tellement insisté, que j’ai fini par accepter. D’abord par égard pour lui que j’estime et apprécie beaucoup : un bosseur, un collaborateur précieux, un gars charmant et convivial ; ensuite, par curiosité ; enfin, par envie de me changer les idées durant un week-end. Le célibat, y’a qu’ça ! Mais il faut savoir l’agrémenter de temps en temps.
Mais si j’avais su…  

— Vous verrez, patron, ce que c’est notre campagne à  nous, les viticulteurs de montagne. Ah là là ! On y sait vivre, on sait s’amuser. Pas comme chez ces culs-terreux de céréaliers ou d’éleveurs. Et puis, ma cousine et toute la famille se sentiront honorées de votre présence, et cela rassurera maman de savoir que je ne travaille pas pour un ogre. Allons, patron, un beau geste !
— Bon, bon, si tu me prends par les sentiments… Mais dis voir, si je trouve ton village, comment trouver ta maison ? T’habites où, dans ton patelin ?
— Quand j’y retourne, je descends bien sûr chez mes parents. C’est facile à trouver : vous repérez le nain de jardin, et vous y êtes. Je vous y attendrai.
— Hein ? Le nain de jardin ? Repérer un nain de jardin ? C’est une blague ? Vous n’avez pas de noms de rues, de numéros ?
— Non, patron, le facteur s’y oppose !
— Le facteur s’y oppose… Mais de quel droit ? Vous n’avez pas de maire ?
— Si, mais justement, le maire c’est le facteur. Le nain de jardin, vous ne pouvez pas le manquer ; vous comprendrez en arrivant.

Est-ce qu’il me prenait pour une truffe, mon Stéphane ? Perplexe, et ne voulant pas passer pour un idiot, je n’insistai pas.

Un nain de jardin ? Bon, on verra bien sur place. En attendant le nain de jardin, j’avais déjà eu droit au sanglier et au canard : plus rien ne pourrait me surprendre.

Ma deudeuche avalait bravement les kilomètres. C’est elle que j’avais choisie pour cette escapade, parce que je l’aime bien, ma petite nostalgie grise, parce que c’est mon côté pseudo-écolo. « Qu’ils carbonisent en composteur ces verts de terre gluants, ces chieurs de chlorophylle ! » Choisie aussi parce que je ne voulais pas débarquer chez les ploucs avec ma Porsche Cayenne, mon seul luxe de patron pauvre, comme nous, les patrons, le sommes tous en France. Pas envie de frimer et de narguer le bon peuple. Ce n’était pas l’objectif de ma virée.

Parlons-en, de l’objectif : le mariage de la cousine. Eh oui, j’étais invité à la noce de Justine, la cousine de Stéphane. Elle avait été tôt orpheline pour cause de verglas. Rencontre entre la voiture de ses parents et un camion qui voulait éviter une laie – ce doit être une plaie, dans ce coin-là – ou alors il y avait des nids. Elle n’avait pas encore un an (la gamine, pas la femelle sanglier, suivez un peu !) alors le bébé fut recueilli par sa tante, la mère de Stéphane. Depuis, elle est sa petite sœur.

Justine se marie. Elle épouse qui ? Accrochez-vous : Louis de la Margelle, comte du Puy. Ça aussi, ça ne s’invente pas : Louis de la Margelle du Puy ! Stéphane m’a tout expliqué.
e village de Saint-Vit-sur-la-Jeanne est dominé par une imposante bâtisse fortifiée, un vieux château, propriété de famille des de la Margelle du Puy, vieille noblesse originaire de la région des volcans. Un aïeul s’était enrichi avec le commerce de la poudre bleue des volcans dont il détenait seul le secret de préparation, poudre réputée dans toute l’Europe pour ses vertus aphrodisiaques.

Mais un jour l’Église jeta l’anathème sur cette substance diabolique qui vidait les cathédrales et remplissait les alcôves. Quiconque en consommait était désormais excommunié. Ainsi moururent les érections triomphales et la poule aux œufs d’or. Toute la noble famille émigra « dard-dard » dans le château acquis pour la circonstance, sur les hauteurs de la vallée qui surplombe le Vit, vallée célèbre pour les vignes qui la tapissent côté soleil et pour ses activités minières côté ombre. On disait, depuis des siècles, le Vit à mines.

Une noblesse qui comptait dans ses rangs un pape : Dôme Ier. Le cardinal italien Gomor disait de lui perfidement : « Il est sot, Dôme ». Il est vrai que la haine toute pétrie de sentiments chrétiens que se vouaient le « sot » Dôme et Gomor avait à l’époque abondamment alimenté la chronique vaticane. Dôme Ier faisait toujours suivre le nom de Gomor par « ora », ce qui plongeait les fins latinistes du lieu sacré dans de savantes conjectures, et surtout faisait fuir les rongeurs.
Stéphane pense que l’évêché où exerçait le futur Dôme Ier, issu de la noble famille du Puy, avait donné plus tard son nom au département. Mais rien ne permet de l’affirmer avec certitude.

Le père du futur marié obtint en 68 son diplôme d’ingénieur agronome et réussit brillamment, en parallèle, les épreuves du CAP de lanceur de pavés en compagnie d’un vieux copain, un certain Dany, dont il n’arrivait plus à retrouver le nom. Il hésitait toujours entre Lerouge et Bandit, avec cependant la certitude que ce dernier patronyme n’avait rien à voir avec le bon Mahatma.

Passées les turpitudes de la jeunesse, retour au bercail et retournement de situation. Le contestataire se métamorphosa en viticulteur industrieux et prospère qui développa l’exploitation familiale et donna à son vin une réputation flatteuse au plan régional.
Pour l’anecdote, il racheta à EDF le célèbre domaine de Donzère-Mondragon, ce qui lui valut la notoriété lorsqu’une caisse de Donzère-Mondragon 1982 – Deuxième Turbine connut les honneurs d’une prestigieuse vente aux enchères parisienne.

Monsieur le comte père n’avait pas seulement le sens des affaires, il était également doté d’une incroyable inventivité. Il fut le premier viticulteur de la région à s’être converti au bio et à faire fabriquer ses bouteilles en Chine, pratique qu’il abandonna d’ailleurs rapidement pour des raisons éthiques (on obligeait chaque matin des centaines de petits Chinois à chier une bouteille vide et propre), un abandon dont d’aucuns feraient bien de s’inspirer.

C’est lui qui fit graver dans la pierre à l’entrée de ses caves : « Ma santé passe avant mon santo. » Mon Santo ? Pays imaginaire né d la plume de l’écrivain américain Mac-Mictamehr, qui promet le bonheur à l’humanité. Mais peu de gens, au bourg, ont saisi la subtilité et le sens de cette sage maxime.

Revenons-en à Louis, le futur époux. Ah, Louis ! Un ami d’enfance de Justine ; son meilleur compagnon : ils furent inséparables du bac à sable au baccalauréat. Leurs routes ensuite se séparèrent : Louis resta au domaine, Justine alla étudier en ville. Elle ne dut son retour au pays, après ses études de gestion et de comptabilité, qu’à une embauche à l’impromptu au domaine du comte où elle succéda à la comtesse dans son poste. Elle retrouva donc avec plaisir son village, les siens, et Louis.

Louis, un délicieux garçon, un doux rêveur, un poète que la perspective de toutes les responsabilités qui l’attendaient faisait se recroqueviller, se flétrir. Seuls les chants des tswatseaux, le soupir ondoyant des fleurs d’une prairie caressée par le soleil et le vent pouvaient illuminer son existence. Un innocent dans un monde de brutes. Et un fan de parapente ! Quand il planait là-haut, tous ses amis tswatseaux, sauf ces couillons de corbeaux, venaient lui gatsouiller dans la voile. Alors il était heureux.

Le père de Louis avait conscience de tout cela : « Nom de Dieu, un fruit sec ! » Pourtant, il chérissait son fils et l’acceptait tel qu’il était. Nonobstant, avec aux commandes un Louis dans toute sa splendeur, l’avenir et la pérennité de l’exploitation lui semblaient plus que compromis. Le viticulteur passionné avait un fils qui n’aimait pas spécialement la vigne et que les responsabilités et les affaires qui, à l’instar d’une épaisse couche de neige, le faisaient profondément skier… Cela le turlupinait, le papa. Il ne voyait qu’une solution à ce problème : le mariage ! Et pas n’importe lequel : un mariage soigneusement jaugé entre Justine, la fille du peuple, et son nobliau de fils.

Une roturière pour son rejeton ? Oh, que oui, et surtout celle-là ! Et puis, n’est-ce pas, dès le mariage la roture disparaîtrait sous la particule. La Justine, il la connaissait bien, et depuis toute petite. Sa personnalité l’avait convaincu et plus encore conquis depuis qu’il l’avait embauchée suite au décès subit de son épouse. La décision la plus intelligente qu’il ait prise ces dernières années. Payée, hélas, au prix fort.

La Justine, elle avait du caractère, de l’entregent, l’esprit de décision, le sens de l’organisation et des affaires. Elle aimait la terre, elle aimait la vigne. Elle avait réorganisé le fonctionnement du domaine de main de maître, d’une manière qui en avait bouché un coin au comte, lequel lui confiait de plus en plus les rênes.  

De plus, elle diversifia les activités en ouvrant au village une boutique de produits bio, qui marchait du tonnerre de Dieu. Des parpaings bio, du ciment bio, des aiguilles à tricoter bio, des bibles bio (avec l’étiquette « bio », on vend tout, n’est-ce pas ?). Elle proposait même, le samedi matin, des soutiens-gorge bio que les femmes s’arrachaient, pour le plus grand plaisir de la gent masculine s’agglutinant devant la vitrine du magasin. Le spectacle des seins sains à l’air les rendait zinzins. Les gens venaient des patelins alentour, sinon de la ville, pour les légumes et les lolos. Vive le bio !
« Oui, oui, oui : c’est la Justine… la Justine qu’il lui faut, au Louis ! » Alors un jour, le père l’a prise entre quat’zieux.

— Écoute, ma fille – tu permets que je t’appelle « ma fille » ? – il faut que je te parle. J’ai un gros souci sur le cœur. Tu connais mon Louis aussi bien que moi. Non, ne dis rien ; laisse-moi aller jusqu’au bout. Justine, j’arrive péniblement sur mes vieux jours et j’ai peur pour le domaine. Disons-le tout net : je n’imagine pas mon Louis le reprendre, inutile que je t’explique. Non, Justine, tais-toi, tu sais que j’ai raison. Je mourrais de chagrin de voir le domaine péricliter. Mais cela n’arrivera même pas car il y a pire : en général, les gens ont un chat ou un chien comme animal familier ; moi, j'ai un crabe. Des NAC, qu’ils disent…

Justine, abasourdie :

— Vous voulez dire que…
— Oui, tu as bien compris. J’ai fait mienne la maxime de Desproges, « Pâques au scanner, Noël au cimetière ! » Bon, en fait, j'exagère : le toubib m’accorde royalement encore deux années, trois au maximum.

Justine baissa d’abord la tête pour digérer la nouvelle en silence, le cœur étreint, puis se reprit et regarda le comte dans les yeux.

— Monsieur le comte, je vous écoute.
— Laisse tomber ton « Monsieur le comte » et ouvre bien les oreilles. Je connais une personne qui serait capable – et c’est bien la seule – de reprendre et diriger le domaine aux côtés de Louis. Cette personne-là, c’est toi. Au fait… euh… juste pour savoir : vous vous entendez encore bien, au moins, Louis et toi ? Oui ?

Le comte marqua une pause dont Justine profita pour réfléchir à toute vitesse. Elle n’avait pas encore tout à fait réalisé où le comte voulait en venir : c’était trop gros, elle n’osait y croire. Mais la confiance que le vieil aristocrate venait de lui exprimer coulait comme du miel dans son esprit et illuminait son cœur, balayant rapidement les barrières de l’indécision. Et puis, il y avait la détresse poignante d’un vieil homme…

Elle se projeta des années en arrière. Oui, Louis, elle l’aimait bien. Pour tout dire, c’est même elle qui l’avait déniaisé ; mais ça, personne ne l’avait jamais su. Ensuite, au fil de la vie et au gré des rencontres, elle avait connu d’autres partenaires ; Louis aussi. Ils se confiaient tous leurs secrets et confrontaient leurs expériences. Le petit doigt de l’un disait tout au petit doigt de l’autre. Et parfois même, hé-hé, le grand doigt…

Il convient de préciser que sous ses apparences de fille sage se cachait une redoutable prêtresse de la libido sylvestre : Sexe forêt vert ! Elle choisissait uniquement des hommes mariés, dans la trentaine : avec ceux-là et à cet âge-là, du savoir-faire, de la performance, et surtout de la discrétion, vertu sacrée à ses yeux. L’un d’eux l’avait un jour complimentée : tu es la meilleure baiseuse de la vallée. Pour toi, le mot « Salope » s’écrit comme un hommage : avec une majuscule ! Oh, qu’elle avait été fière ! Et pour la baise, la Justine, c’était pas du bio ! Un mélange détonnant de subtile férocité frénétique et de gros classique.

Louis, entre-temps, avait dû se perfectionner, du moins l’espérait-elle – à vérifier ! – mais son ami Louis représentait aussi un avenir éblouissant pour elle, la petite orpheline sans fortune. « Le marier, le Louis ? C’est ça ce qu’il veut, son vieux ? Pourquoi pas ! » Louis, elle se sentait prête à lui vouer beaucoup d’affection. Sans nécessairement lui promettre… euh… une fidélité exemplaire. Faut quand même pas charrier !

— Alors, Justine, accepterais-tu d’épouser mon fils Louis ?  
— Eh bien, beau-papa… Vous permettez que je vous appelle « beau-papa » ?

À ces seuls mots, le visage du comte s’illumina, ses yeux s’embuèrent d’émotion. Une oreille plaquée sur sa poitrine de cancéreux aurait pu entendre un immense cri de soulagement. L’affaire était dans le sac…

— Vous croyez vraiment, beau-papa, que j’ai les qualités dont vous me parez ? Vous en êtes certain ? Vous voulez vraiment de moi comme belle-fille ? Maintenant, c’est vrai que le domaine ne me fait pas peur, et si vous m’offrez cet avenir inespéré avec Louis en cerise sur le gâteau, alors oui, beau-papa, c’est oui.

Le comte se leva, la prit dans ses bras et l’embrassa sur le front.

— Justine, bienvenue dans la famille !
— Merci. Il y aura donc une nouvelle comtesse.

Les yeux du vieux brillèrent à nouveau. La mère de Louis avait rejoint le caveau familial il y a trois ans, suite à un accident cérébral, et il ne parvenait pas à s’en remettre.

— Oui, il y aura une nouvelle comtesse. Puisse Louis connaître autant de bonheur avec la sienne que j’en ai connu avec la mienne. Il faut que j’aille lui parler.
— Ah non, beau-papa ! Non ! Ça, c’est mon rôle. Et pas plus tard que tout de suite.


* * *



En gros, je viens de vous relater tout ce que Stéphane m’avait appris à l’occasion d’un apéro du dimanche matin, organisé pour honorer ma visite. J’oubliais : Louis avait, paraît-il, explosé de joie et baisé la Justine sur le champ et sur le sol de la cave à vins, façon marteau-piqueur. Ce qui eut le mérite de la rassurer sur les progrès de son étalon et de la faire jouir bruyamment. Monsieur le comte, entendant de ses fenêtres cette symphonie de cris, en eut les oreilles qui pleuraient de joie.
La machine à noces pouvait se mettre en marche.

Il paraît aussi que Louis, après le feu d’artifice, lui aurait confié : « Justine, ma douce amie, il y a une chose que tu dois savoir… »
Mais quoi ? Stéphane l’ignorait. Justine, pourtant prolixe, avait refusé de lui en dire plus.


* * *



Saint-Vit-sur-la-Jeanne. Enfin ! « Ah oui, le nain de jardin... Il est où, ce con ? Hein ? C’est pas vrai ! » Je faillis perdre le contrôle de ma deudeuche, cloué par la surprise et le fou-rire. « Ils ont osé ça ? » Visible de loin, un gigantesque nain de jardin de plus de quatre mètres de haut. Et nu ! Si, si ! Du marbre à poil, avec des attributs gigantesques qui dépassaient de la haie de spiréas. À Tchernobyl, les mains nues… à Saint-Vit, le nain nu. Stéphane avait raison : impossible de louper la maison. Cela me mit d’excellente humeur. Dans ce patelin, s’ils ne savent pas lire Kierkegaard dans le texte et s’ils croient que l’éthique est à classer parmi les insectes de la forêt, au moins savent-ils rigoler. C’était un excellent présage pour la suite de la journée.
Si j’avais su…

— Patroooon !

Stéphane se précipita sur moi. Accolade, effusions. Il me présenta ses parents. La maman ne cachait pas son émerveillement, ce qui chahutait un peu ma modestie naturelle. Dieu le père, le Divin Patron de son fils chéri, en chair et en os dans leur modeste demeure !

— Facile à trouver, non ? L’est pas beau, le nain ?
— Euh… Mais dis-moi, Stéphane, qui a eu cette idée ?
— C’est papy, il y a une quarantaine d’années ; et il l’a sculpté lui-même ! Vous avez remarqué qu’il n’a pas de barbe ? Papy disait que c’était le huitième nain et l’avait baptisé Berbe.
— Berbe ? Ah bon… Pourquoi « Berbe » ?
— Oui, le nain sans barbe, c’est le nain Berbe.

« Ouh là là… ! Du lourd, du super lourd de chez Carambar ! Y fumait pas de la moquette, le papy ? » me dis-je.

— Mais pourquoi un tel monstre ?
— Pour se foutre de la gueule des gens de Sainte-Jeanne-sur-le-Vit.
— Comprends pas…
— Si ! Dans le folklore de la vallée, ils nous appellent les Nains, et eux on les appelle les Petites Bites. Le monument du papy, c’était pour les narguer. Ça signifie : des nains, peut-être, mais pas avec des bites petites comme les vôtres.
— Et ils ont pris ça comment ? demandai-je, hilare.
— Mal, très mal ! Les Petites Bites avaient même, un jour de fête des vendanges et de libations  trop abondantes, organisé une expédition punitive qui se solda par un cuisant échec, nos habitants de l’époque les ayant dispersés vite fait à l’aide de frisbees.
— Pardon ? Tu te fous de moi ? Des frisbees ?
— Attention, patron : des frisbees en marbre, spécialement commandés à la carrière du fond de la vallée dans l’éventualité d’un tel raid. Et ça fait mal, un frisbee en marbre sur le coin de la tronche ! La bataille a eu lieu devant l’ancienne gare, qu’on appelle depuis la Gare d’Austerlitz.
— Mais c’est Clochemerle, ton histoire !  
— Clochemerle ? Ah ? C’est qui ?... Oh mais, patron, voilà ma cousine qui revient juste du coiffeur.

Le choc ! J’en fus foudroyé, pétrifié. Un être de lumière chez les cloportes. Jamais vu une fille aussi belle. Elle portait bien son prénom : cette Justine, taillée sur les paroles du divin marquis, appelait les malheurs de la vertu. Elle rayonnait, elle irradiait, elle dégoulinait de fraîcheur et de gaîté, et de… sangsue alitée ? (Lecteur, j’ai honte…) Ils ont osé cacher un tel trésor à la face du monde ? Dès que j’ai posé mes yeux sur elle, mes mains devinrent jalouses. Un torrent de pensées impures  me submergea, que je tairai par crainte de souiller ce récit. Le comte Louis, il allait pas s’emmerder, sous la couette, durant les longues soirées d’hiver. Le corollaire de cette pensée m’assena un coup de massue : la Justine, c’est pas pour moi.
Et ses yeux… les yeux de Justine ! Son regard se planta dans le mien.

— Alors, c’est vous ? Je peux enfin mettre un visage sur un nom. Stéphane m’a tellement parlé de son patron chéri ! Ravie de vous connaître. Noooon, pas juste une poignée de main : la bise !

Elle me passa les bras autour du cou et m’embrassa sur les joues. Et toutes les fleurs de la vallée se précipitèrent sur ma poitrine comme un bouquet de bonheur. Puis, toujours collée contre moi, elle me fixa à nouveau, un peu plus longtemps que nécessaire me sembla-t-il.
Comment aurais-je pu savoir… ?


* * *



— Mademoiselle Justine (…), acceptez-vous de prendre pour…
— Oui !
— Monsieur Louis…
— Oui !
— Je vous déclare…

Fougueux baiser échangé par les jeunes époux. Sortie de mairie, et ensuite corvée de chez corvée : plus d’une heure de messe nuptiale dans l’église du village, la chapelle du château étant trop petite. Je sombrais dans la somnolence lorsque j’en fus tiré par une sorte de frémissant bizarre dans l’assistance. Le bruit d’un… mais oui… d’un fou-rire difficilement contenu par le couvercle de la bienséance.

Puis un déclic : visiblement, le curé avait un malaise. Était-ce une raison pour en rire ? Est-ce qu’on se moque d’un vieux man in black ? Je compris soudain : le curé était pinté. J’appris instantanément à pouffer en silence, le ventre agité de soubresauts, surtout lorsqu’il trébucha et entraîna dans sa chute une enfant de chœur, une gamine de douze ans sur laquelle il se retrouva allongé. On me raconta plus tard que le curé, surnommé « Père Douzedegrés » avait eu, à un moment de son existence, à choisir entre les petits garçons ou l’abondance du vin de messe. Il avait sagement opté pour les vignes du Seigneur.

Le parvis de l’église… Cors de chasse, vivats, sourires, jets de riz et de pétales de roses, vieilles peaux endimanchées tous dentiers dehors, etc. Qu’elle était belle, l’épouse du comte Louis, sa déesse en robe blanche au bras.


* * *



Réception en plein-air dans le jardin du château sous un soleil éclatant, en présence des notables du coin du ban et de l’arrière-ban du bon peuple qui buvait et s’amusegueulait à l’œil. Quand c’est gratuit, c’est encore meilleur. Il y avait même une délégation de la vieille noblesse auvergnate : Monsieur du Blanc, monsieur du Jaune et monsieur de la Coque. (Merci, Vialatte : « En Auvergne, avec un œuf, on fait trois nobles. »)

Le curé, affalé sur une chaise à l’ombre, en était à… euh… sa combientième rasade ? Yeux mi-clos, l’air béat, il opinait sans cesse du bonnet face à un interlocuteur invisible et lui parlait en poisson rouge : bouche qui s’ouvre et se referme sans arrêt et sans émettre le moindre son. Peut-être s’adressait-il au Très-Haut pour le remercier de la bonne fortune du jour ? « Bacchus forêt vert ! »

Plusieurs fois, le regard de la mariée m’a croisé, fixé à travers la foule des invités. Fugacement, c’est vrai, mais vraiment… vraiment par hasard ? Je ne comprenais pas le pourquoi de cette insistance.
Comment aurais-je pu ?

Je ne m’attarderai pas sur le déroulement de la réception. Le soleil et les degrés Oechsle font rarement bon ménage, et souvent des ravages. La moitié des invités au repas de noce, au moment de passer à table, étaient chargés comme des mulets. Je n’avais bu, pour ma part, qu’une coupe de champagne, et j’avais fait sensation en demandant qu’on y rajoute du Picon. Ensuite, un verre de vin local puis du Donzère-Mondragon.

Je me retrouvai à la table de Stéphane, aux côtés d’une bimbo hyper maquillée, ma cavalière d’un soir, qui n’en finissait pas de déraper en éclats de rire bruyants, telle une Castafiore de station d’épuration. Heureusement, de l’autre côté, il y avait le vieux curé, miraculeusement requinqué grâce à une lampée de breuvage béni ramené d’un jacuzzi de Lourdes, bue à même la flasque qu’il tira de sa soutane. Dieu, dans son infinie bonté, l’avait en outre doté d’un incroyable coup de fourchette, et il avait à cœur d’honorer ce don du Seigneur.

À ma surprise, je découvris un gars fin, cultivé et intelligent, pétri d’humour. Un régal. Il avait été aumônier au Service des Sports du Vatican, et son « dunk » – mot ici détourné de son usage originel, sauf en ce qui concerne la main au panier – avait fait un malheur chez les joueuses de l’équipe de basket des Sœurs de Sainte-Marie-Salope (c’est lui qui l’a dit comme ça). Il n’hésita pas à me confesser aussi qu’il avait réuni une collection impressionnante de photos de chattes de paroissiennes, sa manière à lui de protester contre le célibat des prêtres. Mais l’âge et le déclin de la vigueur de son poignet lui avaient fait perdre l’habitude de les consulter aussi souvent qu’auparavant. Il éclata d’un rire chevrotant mais franc lorsque je lui rapportai, pour le fun, cette parole archiconnue de Jésus sur la croix : « Le supplice est dur, mais quelle vue sur Jérusalem ! »

— À la santé de Jésus ! dit-il en levant son verre. Ça au moins, c’est pas du vinaigre !

Il pouffa de rire encore une fois et faillit s’étrangler en le vidant d’un trait, ce qui attira vers nous l’attention de la table des mariés. À nouveau les yeux de Justine plongèrent dans les miens.
Mais pourquoi donc ? Tes yeux, Justine, pourquoi ? Pourquoi ce regard étincelant et insistant ?
Si j’avais su…

Inutile de vous raconter le menu. C’était excellent. Du plusieurs étoiles, la quantité en plus. Ensuite, les inévitables animations d’après-banquet : la danse des canards, les chaises musicales, le toucher rectal, les concours de rots, la minute du « couple sous le drap », etc. Bref, toutes les richesses de l’esprit et de la culture française. Et puis Stéphane, peu avant minuit :

— On s’achemine vers le clou de la soirée, le moment que tout le monde attend.
— Ah ? Et c’est quoi ?
— Le tirage au sort.
— Un tirage au sort ? C’est pour la jarretière de la mariée ? D’habitude on la lance, non ?
— Non, ça n’existe pas chez nous. Ici, c’est pour désigner qui tiendra la chandelle.
— Tenir la chandelle ? Quelle chandelle ? Tu peux m’expliquer ?

J’en pris plein les oreilles !

— Jadis, le seigneur d’un lieu exerçait son droit de cuissage avant chaque mariage. Un aïeul du comte, victime d’une malencontreuse blessure lors d’un accident de chasse au sanglier…


« Encore ! » pensai-je pour moi.


— … dut renoncer à l’exercer. Il imagina alors de substituer à cette coutume le droit de chandelle. C’est d’ailleurs de là qu’est née l’expression « tenir la chandelle ». Ne pouvant plus agir, il assistait. Cet aménagement fut beaucoup mieux perçu par la population (en fait, surtout par tous les nouveaux maris) et apprécié plus encore lorsque l’arrière-arrière-grand-père de Louis, un psychorigide qui pissait de l’eau bénite, décréta que dorénavant, celui qui tiendrait la chandelle durant la nuit de noces serait tiré au sort parmi les invités, et que l’on foute la paix aux nobles qui n’en ont rien à cirer des copulations infâmes de la populace des manants.

J’éclatai de rire.

— Je suis curieux de voir ça ; mais ne compte pas sur moi pour participer à cette farce.
— Patron, j’avais oublié de vous avertir : va falloir quand même. Vous n’avez pas le choix ; cela serait pris comme une insulte grave par les mariés et par les invités. Vous pouvez pas nous faire ça : le scandale serait énorme au village ; ils vous casseraient la deudeuche sur-le-champ. Et puis, réfléchissez : vous ne risquez pas grand-chose, vu le nombre de personnes présentes.

J’en étais scié, mais quand même un peu inquiet. « Et si jamais… ? Par pitié, pas ça ! »

— Stéphane, je devrais te botter le cul ! T’aurais pu me prévenir.

Les douze coups de minuit sonnèrent. Le brouhaha fit place à un calme relatif. La mariée ressortit de la cuisine, un haut de forme à la main, accompagnée de son mari qui s’accrochait à elle, plombé par trois grammes cinq minimum. Elle se dirigea droit sur moi… Bizarre : pourquoi moi en premier ? L’invité d’honneur ?
Si j’avais su…

Elle s’arrêta devant moi. Son regard, planté dans le mien, figea l’instant en une éternité trop courte. Puis elle me tendit le chapeau. Toute l’assistance se taisait. J’y plongeai la main, en fermant les yeux pour saisir un billet plié.
« Alea jacta est. »

À ce moment précis, un énorme bruit de vaisselle brisée fracassa soudain le silence. Tous les regards se tournèrent vers la cuisine. Je vis l’une des serveuses pliée de rire, un rire communicatif qui s’enfla dans la salle, puis les commentaires inévitables : « Ça porte bonheur » ; « À poil ! » ; et même, comble du mauvais goût : « Suce ! »

Le calme revint peu à peu ; les mariés reprirent la distribution des billets. Il leur fallut cinq bonnes minutes pour faire le tour des invités car Louis avait de plus en plus de peine à tracer une route droite. Ils s’approchèrent enfin de l’orchestre, sous la lumière. Je n’avais pas lâché mon billet plié. La main innocente du handicapé de l’assistance, dans son fauteuil roulant, piocha un billet au hasard dans un autre chapeau noir ; il le déplia et annonça d’une voix claire :

— Le 28 !

Toutes les têtes plongèrent vers les billets. La mienne aussi. Horreur ! Le ciel me tomba dessus. Le 28… c’était moi. Impossible de le cacher, Stéphane et ma voisine la Castafiore l’avaient vu en même temps que moi. J’étais fait comme un rat ! Fuir, fuir… Mais où ? Stéphane se leva, poussant un barrissement hilare, me tapota le dos plusieurs fois, leva son pouce vers le ciel et annonça à l’assistance :

— C’est lui ! Bravo ! On le félicite.

Standing ovation ! Applaudissements, hurlements, vivats, scènes de liesse. Moi, fou de panique : « Fuir… fuir… mais où ? » Je cherchai désespérément une issue autour de moi, mais ce fut le regard de Justine que je rencontrai. Et dans son regard déterminé, il n’y en avait pas, d’issue. Alors, je sentis un grand calme se faire dans mon esprit. J’étais vaincu.  
Si j’avais su ? Si j’avais su quoi ? Si j’avais su que… ?
Maintenant, je savais ! Du moins, je le croyais.


* * *



Vaincu. Alors qu’un seul des vingt – celui de Griotte, par exemple – eût suffi à mon bonheur. Et surtout, loin d’ici, loin de cette sinistre farce. J’essayais de penser à Griotte, à son fruit, mais rien à faire, j’en revenais toujours à la même question : comment avais-je pu me laisser entraîner dans un merdier pareil ? Pas de réponse, et je me sentais glisser vers un vide effrayant.

Peu après, je me retrouvai, accompagné de la jeune épousée, à emmener tant bien que mal – et plutôt mal que bien – le marié jusqu’à la chambre nuptiale. Il n'avait pas fière allure puisque nous en fûmes réduits à le prendre chacun sous un bras tant il peinait à marcher seul. Dans les escaliers, nous en profitâmes lâchement, Justine et moi, pour nous tutoyer.

— Bon, et on le met où, ton bel étalon ?
— Là, sur le fauteuil, ça suffira bien. Je suis désolée, mais la viande saoule, j'ai horreur. Pourtant, il le sait qu'il ne tient pas l'alcool…
— Je te comprends… Bon, tout cela m'a donné chaud ; je m'en vais tout d'abord me rafraîchir sur le balcon, après je te laisserai.
— Il  n'en est pas question !

Elle m'attrapa par le bras, se plaqua contre moi et m'enfonça sa langue jusqu'aux amygdales. Stupéfaction. Le premier moment de surprise passé :

—  Mais, voyons ! T’es folle ? C'est votre nuit de noces ! Que dirait ton mari s'il se réveillait ?
—  Oui, oui, sauf qu'il ne se réveillera pas de sitôt ; et moi, ma nuit de noces, j'y tiens ! Avec lui ou un autre, je m'en foutrais : j’irais dormir. Mais pas avec toi. En plus, avec tous les préparatifs du mariage, cela fait une éternité que je n'ai pas baisé.

Bon Dieu ! Pourquoi a-t-il fallu que cela m'arrive à moi ? Pourquoi ? Le sort n'aurait-il pas dû  plutôt designer ce brave curé ? Cela aurait fait de lui un homme heureux et une photo de plus dans son album d'images pieuses… Certes, Justine, j'en aurais fait volontiers mon quatre-heures jusqu’à la fin des temps ; mais là, la baiser devant son mari et le soir de ses noces, je trouvais que cela faisait un peu trop…

— Écoute bien, Philippe…


« Tiens, changement de registre : mon prénom maintenant ? »


— … si Louis est en dérangement, ce n’est pas de ma faute. Pourtant, je le lui avais dit que je tiens à ma nuit de noces. Alors, puisque j’y tiens, je fais face à la situation. Un : tu es là. Deux : c’est toi que je veux ! Je ne pouvais pas rêver mieux, et plus encore depuis que je t’ai vu, ce matin. Ne me dis surtout pas que toi tu ne me désires pas. Je l’ai lu dans tes yeux au premier regard, et toute la journée : tu me veux ! Alors tais-toi et baise-moi ! C’est cadeau du ciel que ce soit toi, et de toute façon mon Louis n'y attachera aucune importance.

Pour faire bonne figure, elle défit les cordons de sa robe de mariée qui glissa sur le sol. La voir apparaître, là, devant moi, la poitrine nue, ses poumons pointus orgueilleux et fiers, tout juste vêtue de ses bas et de son affriolante culotte blanche, mon cœur s'emballa. Et puis…
C'en était trop ! Je la pris dans mes bras pour l'emmener jusqu'au lit. Toutes mes bonnes résolutions venaient de s'évanouir.

Clémenceau avait dit que le meilleur en amour, c’est quand on monte l’escalier. Il avait omis d’ajouter « et quand on retire sa culotte de la belle ». Ce que je fis, immédiatement ébloui par cette vision de rêve. « Oh ! Quelle vue sur « Jérusalem » !... »

Je devins fou. Je l'embrassai, l'embrassai et l'embrassai encore, cajolai ses seins, en léchai amoureusement les pointes tout en laissant gambader ma dextre à la recherche de son trésor. La Justine n'attendait que cela ; elle ouvrit ses jambes à ma main, et un doigt implacable mais délicat s'en alla aussitôt explorer cet abîme de douceur.

Du bout de l'index, je me mis à cajoler son petit organe ; celui-ci répondit aussitôt en se raidissant tandis que Justine lâchait déjà quelques gémissements. « Faire durer le plaisir ; ne pas se précipiter, jouer et jouer encore avec ce bouton d’or rose, que Justine m'implore encore et encore jusqu'à ce que, à bout, elle explose enfin en une bruyante jouissance. » Tel était mon but.

But atteint. Un hurlement de bonheur à réveiller un mort, mais certainement pas Louis. Il continuait à dormir du sommeil du juste. Alors, puisqu'il en était ainsi, je repris l'affrontement et le taureau par les cornes – pas celles de Louis – et me lançai à fond dans les délices du péché. Ce fut ma langue qui partit à la recherche du bonheur nacré. Là encore, l'affaire fut vite réglée ; mon principal souci était plutôt de garder le contrôle, tant le bassin de la belle semblait mû par une vie autonome. Et elle couina de nouveau, peut-être encore plus que la première fois, dans le marigot de l’indifférence maritale.

— Prends-moi, prends-moi, je t'en supplie !
— Pas encore, ma toute belle. Par contre, tu vas faire quelque chose pour moi.
— Tout ce que tu veux, oui… mais baise-moi !
— Après. Je rêve de te voir d’abord te caresser devant moi.

Interloquée mais nullement désemparée, elle commença alors à caresser ses seins, les palpant, les malaxant, en triturant les pointes, le tout sans me quitter des yeux. Moi, bien entendu, je n'en perdais pas une miette, assis dans l’autre fauteuil, dos à la fenêtre donnant sur le balcon. Tandis que sa main droite continuait à s'occuper de sa poitrine, la gauche descendit jusque son bas-ventre, s'attarda quelques instants sur son mont de Vénus, caressant le tendre buisson ardent avant de s'insinuer entre ses lèvres, dans un cortège de délicieux bruits mouillés… L'effet ne se fit pas attendre : ses gémissements de plaisir allèrent crescendo, et c'est à cet instant-là que mon attention fut attirée par un brouhaha venant du dehors. J’allai jeter un discret coup d'œil et me rendis compte qu'une bonne partie des invités était sous nos fenêtres…
Sacré patelin où, en plus de bombarder un type pour tenir la chandelle, on vient emmerder les mariés en pleine nuit de noces jusque sous leur balcon !

Je sortis, et d’une main levée leur fis signe de faire silence. Bien évidemment, celui-ci tarda un peu à venir, mais lorsqu'il se fit enfin, ce fut le moment où Justine, qui ne s'était rendu compte de rien, s'apprêtait à jouir. Ses couinements résonnaient à n'en plus finir, et elle gueulait si fort son bonheur que l'assemblée ne pouvait pas ne pas l'entendre ! Lorsqu'elle atteignit enfin le nirvana, elle hurla si fort que, pendant un instant, certains des invités se demandèrent si tout allait bien.

— Ne vous inquiétez pas : c’est juste Justine qui vient de jouir. Quel homme, ce Louis !

La mariée, qui venait de refaire surface, apparut alors, tout juste enroulée dans un drap, et ce fut un tonnerre d'applaudissements qui l'accueillit. Elle se tourna vers moi :

— J'ai raté quelque chose ? Qu'est-ce qui se passe ?
— Rien du tout, ne t’inquiète pas : ils sont juste venus t’acclamer, c'est tout.
— Ah bon ? En attendant, toi, tu ne vas pas t’en tirer comme ça.

Elle avait noté que le rebord du balcon la rendait invisible aux yeux de la petite troupe amassée en dessous. Elle fit mine de retourner dans la chambre, mais en réalité s'accroupit. Tout alla très vite. D’un geste précis elle me débraguetta, et sans que j’eusse le temps de dire ouf sortit l'objet et l'engloutit tout au fond de sa gorge. Mon Dieu, quelle maîtresse femelle ! Elle avait dû être pilote d’essai chez Miko. J'aurais sans doute apprécié cela à sa juste valeur si, pendant ce temps, je n'avais pas eu à donner le change aux crétins du bas…

Reculer ? Cela m'était impossible, soudée qu'elle était à ma queue. Lui demander d'arrêter ? Je venais de le faire plusieurs fois, mais elle n'en avait eu cure. Profiter tout bonnement de l'instant ? Elle me suçait avec une telle force, une telle détermination que j'allais sans doute barrir comme un éléphant lorsqu'elle viendrait à bout de ma résistance. Discrètement mais sans douceur, je l'attrapai par les cheveux et je la ramenai à l'intérieur.

— Oh là, oui ! Tire-moi les cheveux ! Bats-moi, insulte-moi, mais par-dessus tout, baise-moi ! Ma chatte de chienne en chaleur veut ta queue ! Ta queuuuuuue !

Décidément, la mariée avait de la suite dans les idées et un vocabulaire de vétérinaire. Notre cher Louis, malgré tout le raffut de Justine, roupillait toujours, imperturbable. Alors, puisqu'il en était ainsi, il ne me restait plus qu'une seule issue : tenter de la satisfaire. Normalement, elle venait de couiner trois fois en un rien de temps ; elle ne devrait pas être trop difficile à rassasier… Je me dessapai en vitesse, et en avant pour le final.

Je l'embrochai et me mis à la pistonner comme si ma vie en dépendait. La sueur coulait sur mon front, brûlait mes yeux, mais plus rien ni personne ne pouvait m'arrêter, aspiré comme je l'étais vers la jouissance… Mais, tant attendue, celle-ci ne vint pas. Ce ne fut pas le cas pour Justine qui partit une fois encore dans un orgasme à faire trembler les murs, tout juste vaguement accompagné par les ronflements du tout jeune mari, étalé dans son fauteuil.

— Mon Dieu ! C'était divin ! Jamais on ne m’avait fait crier ainsi… Mais dis-moi, tu n’as pas encore lâché ta sauce ? Je veux la sentir, fit-elle en aveu.

De fait, ma verge était toujours aussi raide et je n'avais effectivement pas éjaculé, malgré tous mes efforts pour y parvenir.

— Qu'à cela ne tienne : je te laisse récupérer quelques instants.

Je m'entendis répondre :

—  Ne t’inquiète pas, ma belle, tu ne perds rien pour attendre. Laisse-moi simplement le temps de reprendre mes esprits ; je n'ai pas dit mon dernier mot.

Et ce n'était pas ma queue, toujours aussi raide, qui allait dire le contraire… Justine se tourna alors sur le lit, sans doute pour ramasser l'un des oreillers, et je profitai alors de son séant offert pendant qu'elle avait le dos tourné pour à nouveau la pénétrer. Cet assaut fut aussi bref que les autres avaient été longs… La queue enfoncée jusqu'à la garde, les mains crochées sur ses seins, je parvins quand même à la faire couiner une dernière fois avant de me répandre en elle, jour de rupture du barrage de Serres-Ponson. Une éjaculation ? Non, un épisode cévenol. Jamais je n'avais connu cela…

La calme revenu, Justine se colla contre moi, écrasant ses lèvres sur les miennes. Griotte, Louis, le vieux curé et tous mes scrupules avaient disparu. J’étais le roi du monde.
À moins… queue ? À moins que ce ne soit le roi des cons ?

Si j’avais su, et surtout su que je ne savais pas tout…


[à suivre]



Dernière édition par Lioubov le Ven 14 Oct 2016 - 16:52, édité 1 fois
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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Docsevere le Jeu 11 Aoû 2016 - 19:19

Bien belle histoire, comme on aimerait en lire plus souvent, aurait dit Chabat au Journal Télévisé Nul.

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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Goumi le Dim 14 Aoû 2016 - 9:27

Moi, j'aime aussi le thon, mais pas l'abstinence.

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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Docsevere le Dim 14 Aoû 2016 - 21:05

Moi j'aime le thon... dans mon assiette, pas dans mon lit (ah, quel goujat !Twisted Evil)
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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Lioubov le Ven 14 Oct 2016 - 14:38

Hello, Calafia !

D'après l'auteur, ce texte aurait dû paraître le 29 septembre et, tout comme sœur Anne, il ne voit rien venir.
Où en est-il actuellement ?
Merci.
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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Calafia le Ven 14 Oct 2016 - 15:49

à première vue, je ne sais pas
il ne me semble pas m'être engagé à publier le 29/09
par contre je note qu'il s'agit d'un texte "à suivre"

je pense donc que, dans un premier temps, j'attendais la suite et fin de la "série" avant de lancer la publication. ça nous éviterait un autre youri batar...
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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Lioubov le Ven 14 Oct 2016 - 15:58

Mais, la série est complète : elle comprend deux chapitres, tous deux ci-dessus.
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Message par hpassage le Ven 14 Oct 2016 - 16:22

J'avais raté ce texte, j'étais en vacances à cette époque, alors...

C'est vachement bon, je me suis régalé à lire ce récit. C'est qui ce Gomi ?

N'y aurait-il pas une faute, là :
Le corollaire cette pensée m’assena un coup de massue : la Justine, c’est pas pour moi.
Je pense qu'il manque le mot de entre corollaire et cette
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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Calafia le Ven 14 Oct 2016 - 16:34

edit : non, rien
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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Lioubov le Ven 14 Oct 2016 - 16:44

hpassage a écrit:J'avais raté ce texte, j'étais en vacances à cette époque, alors...

C'est vachement bon, je me suis régalé à lire ce récit. C'est qui ce Gomi ?

N'y aurait-il pas une faute, là :
Le corollaire cette pensée m’assena un coup de massue : la Justine, c’est pas pour moi.
Je pense qu'il manque le mot de entre corollaire et cette
Exact, hpassage : je vais rectifier. Bravo pour ton œil de lynx !
Quant à Goumi, il s'agit d'un correcteur de Revebebe, qui officie sous le pseudo de Ldcc (Lac du Coucou).


Dernière édition par Lioubov le Ven 14 Oct 2016 - 16:46, édité 1 fois
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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Lioubov le Ven 14 Oct 2016 - 16:46

Calafia a écrit:edit : non, rien
Je me suis planté : il s'agit d'un autre texte (je t'ai envoyé un message dans ce topic).
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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par pierheim le Ven 14 Oct 2016 - 19:12

Tiens une intéressante histoire, dans un style que j'apprécie.

Hpassage moi aussi j'étais passé à travers, sans doute l'esprit à Crozon...
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Re: Si j'avais su... 1 - nouveau texte à proposer

Message par Oshmonek le Mar 10 Jan 2017 - 15:26

j'avis raté ce texte .... très bon ça !
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